Descriptif
Réalisée en 1979, Le Cri de Wang Keping, taillée directement dans un tronc de poirier, condense en une forme épurée la douleur et la révolte d’une génération muselée après la Révolution culturelle. La tête stylisée, monumentale, aux yeux et à la bouche creusés dans la masse, transforme le vide en intensité expressive : c’est par ce trou béant que passe l’urgence du cri. Héritière à la fois des masques archaïques, de Brancusi et des avant-gardes modernistes, l’œuvre transcende le contexte chinois pour incarner un appel universel à la liberté et à la parole.
Le Cri de Wang Keping : descriptif de l’œuvre
Le Cri est une sculpture emblématique en bois de poirier, réalisée en 1979 par l’artiste sino-français Wang Keping, cofondateur du groupe dissident “Les Étoiles” (Xingxing) à Pékin. L’œuvre, taillée directement dans un tronc, représente une tête humaine stylisée, monumentale et lisse, dont les traits sont réduits à l’essentiel : deux cavités profondes pour les yeux et une bouche béante, percée d’un trou circulaire qui matérialise le cri.
Analyse plastique et stylistique
Comme dans L’Homme, le bois, matériau brut et vivant, n’est pas dissimulé mais exalté : la densité du poirier, sa chaleur et ses veines naturelles participent à l’intensité expressive.
Le travail du vide (yeux et bouche creusés) s’oppose à la massivité du volume plein : c’est par ces absences que passe l’expression.
La simplification radicale des formes évoque à la fois l’art primitif, les masques africains, et une esthétique moderniste proche de Brancusi ou Henry Moore.
L’économie de détails concentre l’énergie dans un geste universel : l’ouverture de la bouche devient symbole absolu de révolte, de douleur et de protestation.
Portée symbolique et contexte
Réalisée peu après la Révolution culturelle, Le Cri exprime l’étouffement et la volonté d’affranchissement d’une génération d’artistes chinois muselés. Elle est une métaphore directe de la censure, de l’oppression politique et de l’urgence vitale de parler, de hurler.
Par sa force expressive, l’œuvre s’inscrit dans une histoire mondiale des représentations de la souffrance et de la contestation, aux côtés du Cri de Munch ou des visages de Bacon. Elle a marqué l’histoire de l’art contemporain chinois comme l’une des premières œuvres explicitement critiques vis-à-vis du régime.
Le Cri est aujourd’hui considéré comme une pièce fondatrice de l’avant-garde chinoise de la fin des années 1970. Elle condense le rapport entre tradition matérielle (le bois, sculpture directe) et modernité contestataire, et témoigne du rôle de l’art comme acte de résistance.